La baie des Veys

« HT06 » est le petit nom administratif de la masse d’eau qui s’étire en arc de cercle entre Utah Beach et Grancamp-Maisy.

 

10470673036_e07b77fac3_o_400pxLa Directive Cadre sur l’Eau l’a reconnue « masse d’eau fortement modifiée» par l’homme.

Les objectifs sont moins ambitieux pour l’état biologique mais les objectifs de bon état chimique et physico-chimique des eaux sont les mêmes que pour les masses d’eau naturelles. On parle alors de « bon potentiel écologique ».

Mais cette qualité des eaux dépend de celles qui s’y déversent.

 

 

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Concernant le bassin de la Vire, ce sont deux masses d’eau dont les eaux sont recensées comme étant en état « mauvais»,qui précèdent l’entrée en baie des Veys :

la première va de la confluence de l’Aure à celle de l’Elle, la seconde remonte aux Claies de Vire. Au-delà et jusqu’aux sources, les masses d’eau sont classées comme « naturelles ».

 

 

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photos Ph. Berruer / L’acteur Rural
 

 

Plus à l’ouest, les eaux de la Douve et de la Taute sont classées en masses naturelles en état « médiocre ».

Mais un changement de statut a été demandé afin qu’elles soient considérées comme « fortement modifiées». « Les outils permettant de calculer et comparer les paramètres biologiques des eaux naturelles ne correspondent pas aux eaux lentes qui composent les marais, explique Jonathan Thiéry-Collet du Sage Douve-Taute. C’est un environnement particulier au fonctionnement très différent des rivières courantes. »

Enfin, plus à l’est, c’est la masse d’eau naturelle de l’Aure qui est recensée comme étant d’état « moyen ». Toutes ces masses d’eau doivent atteindre une « bonne qualité » des eaux dans les années à venir. C’est pour cela qu’œuvrent les Sages de la Vire, Douve-Taute… et bientôt de l’Aure.

« A ce cumul d’arrivée d’eau de plus ou moins bonnes qualités, s’ajoutent celle qui vient de la baie de Seine et qui dépose en baie des Veys des particules de pesticides et de métaux lourds. Là, nous ne possédons pas les leviers pour intervenir. »

Des usages et des impacts

 

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Atteindre une bonne qualité des eaux en baie des Veys est totalement dépendant de tous les bassins hydrauliques environnants et des usages qui sont fait des eaux en amont. C’est la première leçon qu’ont pu retirer élus et acteurs qui ont participé en juillet à une journée de visites et de rencontres en baie des Veys (voir encadré « Tous en baie des Veys »).

La seconde leçon consiste à reconnaître que chaque usage impacte l’eau et les autres usages qui en découlent ! Et des usages, il n’en manque pas. La conchyliculture concerne ainsi 84 entreprises sur un total de 206 ha, soit 22% de la totalité de la production d’huîtres de Basse-Normandie. Les 19 km de parcs à moules sont répartis, eux, entre 77 exploitants.

Moins connue sont les pêches à pied professionnelles des coques (250 pêcheurs déclarés) et de vers de vase (59 licences accordées pour une production de 30 tonnes).

Un peu plus en amont, dans les estuaires de la Douve, la Taute, l’Aure et la Vire, ce sont 10 bateaux qui pratiquent officiellement la pêche à la civelle au printemps.

Il faut aussi ajouter à la liste des usagers, les 78 agriculteurs qui exploitent en bordure directe de l’eau 2 370 ha de polders pour du pâturage et de la culture.

Signalons encore parmi les usages, la prise d’eau potable à Brévands, la protection et l’exploitation de la richesse écologique (réserve naturelle nationale de Beauguillot, sorties à la découverte des phoques…).

Enfin, la baie des Veys permet le développement d’activités touristiques (gîtes, campings, kayak, plaisance, randonnées…) et de loisirs avec la pêche à pied et la chasse au gabion. Les besoins des uns et des autres sont parfois différents, voire totalement opposés. L’enjeu sera de trouver des solutions harmonieuses.

 

Le Patrimoine naturel de la baie :

 

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La partie estuarienne de la baie possède une richesse écologique exceptionnelle.

Elle se compose deux types de milieux (shorre et slikke) et accueille des espèces animales et végétales variées comme : phoque veaux marin, avifaune migratrice (Huîtrier pie, grand Gravelot, Bécasseau variable, Courlis cendré…) et flore halophyte (tolérance au sel). Les anatidés (canards et espèces apparentées) stationnent également sur et à proximité de la baie (canards siffleurs, souchets, pilets, tadornes de belon, sarcelles d’hiver, oies…).
Les schorres, ou prés salés, s’étendent devant les digues, principalement sur les flancs ouest et sud de la baie. Ces étendues à végétation basse sont inondées en marée haute de moyennes et vives eaux.

 

Les slikkes, ou vasières, sont inondées à chaque marée haute, même de mortes eaux. Ces milieux sont colonisés par des groupements clairsemés de salicornes et surtout par des «prairies » de spartine.

 

Les usages en baie des Veys
L’aquaculture

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L’aquaculture en baie des Veys repose sur 2 espèces de bivalves non fouisseurs : huîtres et moules.

Ces mollusques suspensivores microphages omnivores filtrent de 2,5 à 20 l/h.
La surface totale de parcs à huîtres en Basse Normandie est de 927 ha. Les sites « baie des Veys » et « Utah Beach » couvrent 206 ha environ (22%), et comptent 84 concessionnaires pour une production annuelle de 7000 tonnes.
L’élevage de moule représente 18,70 km de parcs, il se divise en deux secteurs de production :
– Le calvados : concessions de Grandcamp-Maisy et Géfosse-Fontenay, le secteur principal : 60 entreprises / 6 000 tonnes d’huîtres et 600 tonnes de moules.
– La Manche : concessions de Beauguillot et Utah-Beach : 17 entreprises / 1 000 tonnes d’huîtres et 1 000 tonnes de moules de bouchot.
Quatre gisements de coques (Beauguillot, le Grand Vey, Brévands et Géfosse-Fontenay) sont exploités par des professionnels ainsi que par des pêcheurs de loisirs (non significatifs).

 

 

 

L’agriculture en quelques chiffres
10470772455_c5b56aff00_o_400pxOn comptabilise 2370 ha de polders en baie des Veys dont 1128 ha sur le bassin de la Vire.

Les 2 principales périodes d’enclôture ont été 1850-1900 (plus de 1000 ha) et post 1950 (600 ha, principalement sur la Vire).
Les cultures représentent plus de 20% des surfaces de polder (source : orthophotoplans 2010 – SMVV).
Données du Recensement parcellaire graphique (rpg) 2011 :
•78 exploitants sont recensés sur les polders.
•Pour certaines grandes exploitations, la surface exploitée dans le polder représente plus de 60% des surfaces totales de l’exploitation. (sources : orthophoplans, rpg 2011, SMVV).

La chasse

10470638975_883e655197_o_400pxDivers modes de chasse (au gabion depuis les années 20, à la botte, à la passée…) sont pratiqués en baie des Veys.

 

 

 

 

 

 

 
 
 

Qualité des eaux conchylicoles en baie des Veys :

L’ensemble des zones de production de coquillages vivants (zones de captage, d’élevage et de pêche à pied professionnelle) fait l’objet d’un classement sanitaire, défini par arrêté préfectoral.

Le classement est basé sur des éléments et des seuils fixés par la réglementation et suivis par des réseaux de l’IFREMER (professionnel) et de l’ARS (loisir) :
– Microbiologie : réseau REMI
– Polluants chimiques et métalliques : réseau ROCCH
– Phytoplancton toxique : réseau REPHY

La qualité microbiologique est déterminante dans le classement des zones conchylicoles.

Pour en savoir plus sur les classements conchylicoles.

 
 

Un peu d’histoire avec B. CANU, SMVV

 
Geoportail_baie_cassini_500pxAbstraction faite des marais salés qui, d’Airel à Neuilly-la-Forêt, furent précocement endigués, la conquête des « lais et relais » de mer dans l’estuaire de la Vire (ou baie d’Isigny) date majoritairement de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe.
 
En 1856, 1 025 ha de grèves, limités au nord par « une ligne droite joignant l’extrémité septentrionale de la pointe de Brévands au corps-de-garde de la pointe du Grouin », furent concédés aux sieurs Mosselman et Donon. Réalisées par la Compagnie des Polders de l’Ouest, les conquêtes furent progressivement ceintes de clôtures appuyées à des cordons d’enrochement insubmersibles, percés de gouttes, petits ouvrages de défense contre la mer par les clapets desquels, au jusant, s’évacuent l’eau des ruisseaux et des fossés des polders.Interrompue en 1898, reprise en 1942, l’« enclôture » des grèves de la Vire a été achevée peu avant l’expiration de la concession, en 1970 (polders Fortin et Frémont) et 1972 (Tesnière).
 
Les cours d’eau perdent leurs caractéristiques d’estuaires après l’installation d’ouvrages de défense contre la mer :
– XVIème siècle : Construction de digues de protection aux abords de Carentan
– 1712 : Création du Pont éclusé de St-Hilaire sur la Taute
– 1731 : Création des portes à flot de l’Aure à Isigny-sur-mer
– 1733-1738 : Création du Pont éclusé et des premières portes à flot de la Barquette sur la Douve
– 1826 : Création des portes à flot de la Vire.
La baie des Veys au 18ème siècle cartographiée par Cassini :