Etude socio-économique des sites hydrauliques de la Vire

Diagnostic socio-économique des sites hydrauliques* de la Vire

Vendredi 6 septembre le syndicat mixte du Val de Vire a invité les élus, usagers, gestionnaires et surtout propriétaires des ouvrages de la Vire à venir assister à la restitution des résultats de l’étude socio-économique engagée en mars dernier.

Cette restitution a été l’occasion d’écouter Laurent Lespez, professeur à l’université de Créteil, qui nous a invité à prendre du recul et à remonter l’histoire pour mieux comprendre nos cours d’eau.

L’après midi a été consacrée à la visite des moulins de Carville et Ste Marie-Laumont situés dans les gorges de la Vire.

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(photos L’Acteur Rural – Lucile Vilboux)

Les dynamiques environnementales des petits cours d’eau bas normands depuis le Néolithique :
Quelle leçon pour aujourd’hui dans le cadre de la DCE ?

Laurent Lespez, professeur à l’université de Paris-Est/Créteil,

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Une occupation humaine très ancienne

Avant l’arrivée des premières sociétés agricoles, les paysages normands étaient essentiellement forestiers tandis que les fonds de vallée étaient surtout constitués de zones humides arborées. Ce paysage, dressé par Laurent Lespez, professeur à l’université de Créteil, change peu au moment des premiers défrichements forestiers du néolithique qui ne touchent pas les fonds de vallées, trop humides et réservés pour la chasse et la cueillette.

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Mais dès 1 500 ans avant JC, tandis que l’agriculture s’étend sur les plateaux, les versants commencent à être cultivés à leur tour. L’érosion de leurs sols et l’accumulation des sédiments en fond de vallée débutent à cette période. Jusqu’à l’époque médiévale, le paysage des systèmes fluviaux régionaux va être profondément modifié, l’érosion s’accroît considérablement. Dans la vallée de la Seulles, le limon accumulé représente aujourd’hui 1,5 mètre d’épaisseur en amont jusqu’à 5 mètres en aval (51 millions de tonnes arrachés aux versants en 3 000 ans). Les cours d’eau prennent alors la forme de chenaux sinueux, entourés de prairies permanentes.
Les interventions sur les cours d’eau (moulins, biefs, barrages, seuils…) interviennent dès le début de l’antiquité et durant le Moyen-âge. « En l’an 1000, tous les cours d’eau français en étaient équipés », précise-t-il. Au XVIIIe siècle, en Basse-Normandie les cours d’eau sont jalonnés d’un moulin tous les 1 300 mètres.

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Des cours d’eau « hybrides »

Cette occupation humaine très ancienne amène Laurent Lespez à s’interroger sur la notion de cours d’eau naturel. « Cela fait trois millénaires qu’ils ne le sont plus en Europe. Parler de rivière naturelle est à mon sens excessif, car cela nous renvoie à un état qui est inaccessible aujourd’hui. Ce que nous avons à gérer est un système qui a subi une succession d’interventions humaines. C’est une question qui est très différente de celle de la bonne qualité naturelle des eaux. » Il parle de système hybride, qui est le résultat à la fois des transformations humaines et des évolutions naturelles : crues, dépôts organiques, faune, etc.

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Un déstockage des limons

Peu d’études sont consacrées aux cours d’eau à faible énergie et notamment sur les processus en cours qui les modifient. Laurent Lespez s’appuie donc sur des observations faites sur la Seulles qui révèlent la faible quantité de dépôts de débordement ces dix dernières années. Il semblerait, selon le chercheur, que le processus en cours depuis des millénaires ait cessé.
Autre constat, la moitié des flux sédimentaires de la Seulles, vient davantage de l’érosion des berges (en raison de leur hauteur et des usages et aménagements de l’Homme) que de celle des sols agricoles. « On peut donc considérer que nous assistons à un destockage des limons accumulés depuis 3 000 ans, » constate-t-il. « Cela veut-il dire que le système est en train de changer ?… Nous n’en savons rien à ce jour. Comme nous ne savons pas si les aménagements en cours vont accentuer ou ralentir cette évolution. »
Face à cela, à quels modèles se référer lorsqu’il s’agit de parler aménagement ? À un état naturel et donc inaccessible ? À l’archétype de la rivière à méandres, pas forcément adapté à tous les cours d’eau ? À d’autres modèles comme les zones humides arborées ? Le chercheur s’interroge.

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Des défis pour l’ensemble des acteurs de l’eau

Suite à ces constats, Laurent Lespez définit différents challenges que vont devoir relever les acteurs de l’eau : définir ce bien commun qu’est le cours d’eau via des expertises locales, définir également les fonctionnalités écologiques que l’on souhaite leur attribuer, ou encore, évaluer ce que peuvent apporter d’autres références que ceux des cours d’eau à méandres,… « Gérer ce bien commun repose sur la capacité des acteurs, qui vivent de l’eau de façon directe ou indirecte, à se mettre d’accord autour d’enjeux écologiques et environnementaux. Ces derniers résultant de l’articulation entre les intérêts communs et collectifs définis par des Lois et des initiatives locales. » À ces problématiques s’ajoutent celles des capacités financières disponibles pour entretenir le cours d’eau dans la durée. « C’est aussi l’opportunité de réfléchir au développement d’un territoire. »

L’étude socio-économique des sites hydrauliques de la vallée de la Vire
De La Meauffe à Pont-Farcy :

Arnaud Chilou, étudiant en Master2 à Rennes, Marie Anne Germaine, maître de conférence en géographie à Nanterre et Stéphanie LEGENDRE

Pour répondre aux objectifs de bon état écologique des masses d’eau fixés par le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux de la Seine et des fleuves côtiers normands 2009-2015, la CLE a initié une réflexion pour réduire le taux d’artificialisation de la Vire et disposer d’une qualité des milieux aquatiques compatible avec le bon état biologique et physico-chimique attendu en amont de La Meauffe.

La contribution respective des ouvrages hydrauliques à l’artificialisation, donc à l’altération du milieu, a été évaluée. Ces impacts sont confrontés aux usages qui en sont faits, leur état de conservation, leurs valeurs économique, paysagère et patrimoniale.

Pour cela, la commission locale de l’eau a souhaité disposer d’une connaissance approfondie des enjeux sociaux et économiques liés aux ouvrages hydrauliques et associer pleinement les différents usagers à la réflexion.

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Le diagnostic socio-économique des sites hydrauliques de la vallée de la Vire a été réalisé dans le cadre d’un stage de fin d’études d’une durée de 6 mois (mars à septembre 2013). Ses conclusions vont permettre d’alimenter la phase d’élaboration des scénarios contrastés. Il s’insère également dans le programme de recherche financé par l’Agence National de la Recherche (ANR – ANR JC) intitulé « Représentations de la nature et des paysages dans les petites vallées de l’ouest de la France face aux projets de restauration écologique » (REPPAVAL) piloté par Régis Barraud (Université de Poitiers) et Marie-Anne Germaine (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense) et associant plusieurs chercheurs géographes, paysagistes et historiens du nord-ouest de la France. Ce programme de recherche a pour objet l’analyse des enjeux socio-spatiaux liés à la mise en œuvre des politiques publiques de restauration écologique des cours d’eau. Le programme REPPAVAL vise à proposer des diagnostics complémentaires aux approches environnementales permettant de réintégrer les dimensions sociale et temporelle dans les projets de gestion et opérations de restauration écologique des cours d’eau.

Accédez aux informations sur les seuils de la Vire :

Site-reppaval

Téléchargez l’étude en cliquant sur les liens suivants :

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Présentation du catalogue

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Les 62 sites

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Les cartes d’analyse

La notion de « site hydraulique »* : Il est à la fois nécessaire et indispensable de prendre en compte l’ouvrage hydraulique dans son ensemble, c’est-à-dire avec les différentes composantes qui l’entoure (paysage, plan d’eau en amont, …). C’est pourquoi, le terme de « site hydraulique » plutôt qu’ « ouvrage hydraulique » est mieux approprié.